Portraits d'artistes

Philippe Carly : le regard belge qui a fixé la new wave au Plan K

Philippe par Philippe Hellendorff
septembre 16, 2026 3 min de lecture 48 vues
Philippe Carly est l’un des photographes belges qui ont le plus fidèlement documenté l’émergence de la new wave et du post-punk en Europe. Formé par son père, il n’a pas choisi la photographie par vocation artistique première
Philippe Carly est l’un des photographes belges qui ont le plus fidèlement documenté l’émergence de la new wave et du post-punk en Europe. Formé par son père, il n’a pas choisi la photographie par vocation artistique première : pris dans l’effervescence punk de la fin des années 1970, il a constaté que ses aptitudes musicales étaient insuffisantes. Il a alors appliqué littéralement la devise « Get up and do it » et a commencé à photographier.

Durant une dizaine d’années, il a passé l’essentiel de son temps libre dans les salles de fortune, les gymnases, les pubs et les halls industriels reconvertis. Ses images ont paru dans des titres belges et étrangers (More, Pulsion, En Attendant, Télé Moustique, Vinyl, Sounds) et ont été utilisées pour des pochettes et des ouvrages.

Le lieu qui a défini son œuvre demeure le Plan K, ancienne raffinerie de sucre devenue, de 1979 à 1986, le principal foyer contre-culturel de Bruxelles. New York avait le CBGB, Paris Les Bains Douches, Manchester The Haçienda ; Bruxelles avait le Plan K.

Cise sur le pignon du Star & Garter, la fresque de Akse-P19 (réalisée d’après l’a célèbre photo de Ian Curtis prise par Philippe Carly, le 16 octobre 1979 au Plan K) est devenue une attraction incontournable de Manchester.

Carly y a photographié plus de soixante-dix concerts. Le moment le plus souvent cité reste les deux apparitions de Joy Division : le 16 octobre 1979 (premier concert du groupe hors du Royaume-Uni) et le 17 janvier 1980. Il en a tiré 56 images d’Ian Curtis, aujourd’hui parmi les plus reproduites de la période. Il a également suivi de près Siouxsie and the Banshees (plus de quarante concerts entre 1979 et 1985), Echo and the Bunnymen, Bauhaus, Cabaret Voltaire, Front 242, The Slits, The Fall, ainsi que des formations belges telles que à;GRUMH... ou The Neon Judgement.

En 2017, après une campagne de financement participatif, il a publié Au Plan K, livre bilingue de 288 pages au format 30 × 30 cm. L’ouvrage réunit plus de 300 photographies restaurées à partir des négatifs originaux, des reproductions d’affiches d’époque et des témoignages de musiciens et de témoins, dont Peter Hook. Une exposition accompagnait la parution chez PIAS.

D’autres monographies ont suivi : New Wave Photos, Siouxsie – Through My Lens, Debbie – Through My Lens (Debbie Harry / Blondie), Errances parisiennes et, plus récemment, New Wave Photos 2 (2024).

L’ensemble de ses archives concert reste consultable sur newwavephotos.com.
À partir de 2005, Carly a élargi son travail vers le portrait, la photographie de mode et le nu artistique. Cette seconde période, plus studio, n’efface pas la première : elle en constitue le prolongement d’un regard attentif aux corps, à la lumière et à l’instant.

Son approche reste celle d’un témoin plutôt que d’un styliste. Les images de concert sont souvent en noir et blanc, prises au plus près de la scène, sans artifice. Elles conservent la tension, l’étroitesse des salles et l’intensité des interprètes. C’est précisément cette absence de distance qui leur donne, quarante-cinq ans plus tard, leur valeur documentaire et émotionnelle.

Philippe Carly n’a pas seulement photographié une scène. Il a fixé, depuis Bruxelles, un moment où la musique européenne se réinventait dans des lieux improvisés. Son archive demeure l’une des plus précises dont on dispose sur cette période.

Pour aller plus loin : newwavephotos.com
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